Seul avec mes peurs

La Pocatière, le 23 mai 2015

Je pensais que ça irait pas trop mal ce soir. J’ai fait un peu de vélo ce matin et en après-midi je suis allé voir l’exercice des cadets auquel mon plus vieux participe en fin de semaine. J’ai passé une bonne partie de l’après-midi à jaser avec le personnel de l’escadron. Ça m’a changé les idées, mais à un certain moment j’ai senti le besoin de retourner à la maison.

Une fois de retour, je ne me sentais pas à l’aise. J’ai regardé un peu les voitures sur internet, afin de me faire une idée de ce qu’il y a sur le marché et des prix, mais à un certain moment je me suis senti anxieux. Je suis allé m’étendre sur mon lit avant souper. J’essayais de relaxer mais je sentais mon cœur battre fort et rapidement, sans raison apparente. Pendant le repas ça allait, mais dès que j’ai eu terminé de faire la vaisselle je me suis senti à nouveau anxieux, encore une fois sans raison.

Je n’ai pas le goût de travailler dans la maison, je manque de motivation, je voudrais faire quelque chose, aller me promener, mais je ne sais pas quoi faire ni où aller. Je me sens seul et je voudrais – encore – me confier à quelqu’un. Mais on dirait qu’il n’y a personne de disponible pour moi. Oui, j’ai des amis qui me supportent, mes parents, quelques oncles, tantes, cousins et cousines. Mais ces quelques conversations ça et là, et les courtes sessions de clavardage ne satisfont pas mon besoin criant de me confier et de me sentir supporté.

Je me sens seul. Je suis anxieux et je me sens insignifiant, sans intérêt pour personne. Je me demande si ma vie, si les vingt-cinq dernières années, ont un sens. J’aurai quarante-trois ans sous peu et j’ai l’impression de n’avoir rien accompli, ou si peu. Ou plutôt, que je n’ai rien accompli qui en valait la peine. Je ne parle pas ici de mes enfants; je les aime et je suis content qu’ils soient là. Je parle plutôt d’un sentiment de ne rien avoir accompli de significatif dans les aspects sentimentaux et professionnels de ma vie. Tout me semble avoir été pour rien. En vain.

Je me retrouve aujourd’hui sans amour, avec très peu d’amis – en fait aucun ami proche – et une carrière en suspens, dont je suis incertain. Et une anxiété, une angoisse, qui revient me dévorer jour après jour. Toujours cette peur, cette crainte de l’incertitude et de l’imprévu, qui m’a toujours paralysé. Cette peur du rejet, cette peur de déplaire, cette peur – et la sensation constante d’inconfort qui l’accompagne – de ne pas être à la hauteur. De ne pas être à la hauteur de quoi? De la situation, des autres, de leurs attentes. De mes attentes. Cette peur, chaque fois que je vis un bon moment, que quelque chose va venir tout foutre en l’air et me faire payer pour le moment de bonheur.

Aujourd’hui, la somme de toutes mes peurs se conjugue en une tempête parfaite qui s’acharne à vouloir détruire tout ce que j’ai construit. Les gens autour de moi me disent que j’avance et que je chemine bien à travers tout ça. Mais j’ai parfois l’impression de faire du sur-place ou même de reculer. Je suis allé chercher de l’aide professionnelle. Je fais tout ce que je peux pour m’aider. Mais j’avance seul et j’aurais besoin d’aide de la Vie maintenant. Je voudrais aller mieux plus vite. Je voudrais aller mieux maintenant.