Réaménagement

Il y a quelques nuits, j’ai rêvé d’un immense endroit, à l’image d’un entrepôt, ou plutôt je ce que je qualifierais d’espace multi-usage à grande échelle à ciel ouvert. Un endroit servant à la fois de lieu de travail pour tout un état-major, de lieu de résidence, de lieu d’entreposage. Un amas de secteurs enchevêtrés illogiquement, où chaque usager cherchait à faire du mieux qu’il pouvait avec l’espace et les meubles mis à sa disposition.

C’était un immense endroit sans murs, à l’échelle d’une petite ville, où les délimitations des usagers étaient formées par la disposition d’un capharnaüm de meubles, étagères, pianos, commodes, lits, bureaux, entremêlés d’objets hétéroclites. Certains espaces se libéraient dans un effort désordonné d’optimisation, pour être aussitôt réarrangés de façon inefficace et réutilisant seulement les meubles et ressources adjacentes. Un peu comme ces petits casse-têtes où des tuiles de plastique glissent à l’intérieur d’un plateau fermé et où on peut bouger seulement un morceau à la fois vers l’unique espace libre, de façon séquentielle, jusqu’à que l’image soit formée correctement.

J’ai justement fait cette observation à un des personnages de mon rêve. Puis on s’est tous mis à sortir carrément les meubles et objets désuets de l’endroit, en les apportant à un camion. L’espace s’est mis à se libérer et un plan global de l’endroit est apparu. Une réorganisation complète était en planification, avec une disposition ordonnée selon les fonctions, des limites claires pour chaque espace et des voies de circulations efficaces reliant les différents secteurs et favorisant les échanges entre les fonctions personnelles, familiales et professionnelles.

C’était un rêve avec une atmosphère étrange. En me réveillant j’étais intrigué et je ressentais un sentiment d’inachèvement. Puis j’ai entrevu une partie de ce que mon subconscient essayait de me montrer. Au cours des jours précédant ce rêve, j’ai eu à quelques reprises l’impression d’avoir devant moi tous les morceaux d’un immense casse-tête multi-dimensionnel, mais sans avoir une image de l’assemblage final, ni même une idée de ce à quoi le résultat devrait ressembler. Tous ces morceaux de ma vie étalés devant moi : Les facettes de ma personnalité, mes expériences, mes bagages émotifs. Tout ce que je suis en train de démêler depuis les deux dernières années était là, dans cet espace vu dans mon rêve.

Je commence à éliminer mon bagage inutile et à faire de la place dans ma vie. Je commence à y voir un plan, du moins en partie. Je ne vois pas encore le résultat final, mais j’y décèle certains éléments. C’est parfois décourageant quand on réalise le bagage qu’on a accumulé. En faire le ménage, laisser aller ce qui ne nous convient plus et réaménager ce qu’on désire garder représente beaucoup de travail. Mais je crois que ça en vaut la peine. Ça permet d’y voir plus clair. On ressent une fluidité revenir dans sa vie, une liberté d’aller de l’avant. Même si le plan n’est pas fixe – ni même parfaitement défini – et même si on n’est pas sûr où on s’en va, on se sent prêt à accueillir du nouveau.