Encore des larmes à verser?

La Pocatière, le 22 mai 2015

Je me sens triste et démotivé aujourd’hui. J’ai des moments semblables régulièrement, à tous les jours, mais aujourd’hui je me sens particulièrement vide. Pas une tristesse aiguë, mais une tristesse et un vide constants, toujours présents. Si je trouve la force de faire quelque chose qui me change les idées, c’est seulement pour des choses simples, qui demandent peu d’effort et de concentration. C’est tellement à l’opposé de ce que je connais de moi, comment je suis motivé et appliqué à la tâche lorsque je m’y mets. Mais cette déprime revient toujours dernièrement.

J’ai réussi à me détendre un peu ce matin en jouant de la flûte traversière; j’étais content pour un court moment. Mais ensuite, je tournais en rond et je ne voulais pas rester seul à la maison. Même si elle y est présente physiquement pour le moment, c’est comme dire que je suis seul. Je n’ai pas vraiment le goût de lui parler. J’essaie de relaxer, de me changer les idées, mais je finis par tourner en rond. Je ne veux pas engager de conversation sérieuse car ça risque trop de devenir émotif. Alors je me contente de parler de l’essentiel et c’est tout.

C’est certain qu’on va devoir aborder des sujets plus sérieux tôt ou tard. Mais pour l’instant je préfère prendre une pause. Ça demeure difficile car je ressens un fort besoin de me confier à quelqu’un. Je ne peux cependant plus lui parler de mes sentiments. Je ne veux plus lui en parler. Même si on veut rester avec une bonne entente, amis jusqu’à un certain point et surtout conserver une bonne collaboration en temps que parents, il y a des sujets qu’il vaut mieux de laisser de côté pour l’instant.

En attendant de trouver une personne à qui je pourrai parler en tant qu’ami et qui m’écoutera en ami.e, il ne me reste que ce journal pour déverser mes pensées. Mais parfois j’ai l’impression que même si c’est la meilleure chose à faire, ça ne suffit pas. Je me sens tellement triste en ce moment, mais on dirait qu’il ne me reste plus de larmes à verser. Il y a des moments où j’aurais tellement le goût de pleurer, mais on dirait que le réservoir est à sec. C’est un tourbillon d’émotions, de stress et d’anxiété qui s’entremêlent.

J’essaie de lire ce livre que j’ai trouvé en fin de semaine, qui parle du pouvoir du moment présent. Mais on dirait que je suis incapable d’avancer, d’en saisir le concept. Ça a l’air simple en principe, mais j’ai tellement d’idées qui s’entrechoquent dans ma tête que je n’arrive pas à voir comment intégrer ce concept dans ma vie. J’ai un certain sentiment d’avancer néanmoins. Mes parents me l’ont mentionné, ma belle-sœur me l’a dit, ainsi que ma psychologue. Mais en même temps j’ai l’impression de faire du sur-place, que ça ne progresse pas assez vite. Je me sens bousculé entre le progrès et le recul, entre l’espoir et le désespoir, entre le moment présent – si furtif soit-il – et l’anxiété face à l’incertitude du futur.

Je suis un bateau en détresse au milieu de la tempête qui essaie d’avancer contre des courants trop forts. Je lance des appels à l’aide sans savoir si quelqu’un m’entend et si quelqu’un va répondre à mes cris de détresse. Sans savoir si cette aide est à proximité ou si ça prendra encore bien du temps avant qu’elle n’arrive. En attendant, j’espère m’en sortir sans trop d’avaries…

Et puis juste comme je commençais à filer mieux, après ma marche et après avoir relaxé un tant soit peu en écrivant au café, elle est venue me parler. Ça m’a automatiquement replongé dans l’angoisse. Je suis allé pleurer seul dans ma chambre. Après quelques minutes, j’ai ramassé mon sac à dos et je suis parti. J’essaie d’avancer, je fais tout ce que je peux, je suis allé chercher de l’aide. J’essaie de me relever, mais on dirait que chaque fois que je commence à lever la tête du sol et que je tente d’avancer, je tombe au sol à nouveau. Au moins je sais que je ne suis pas à court de larmes.