Constats et nuances

St-Bonaventure, le 18 mai 2015

Je me sens anxieux ce matin. L’angoisse du retour à la maison et de la semaine qui commence veut s’acharner sur moi. J’essaie de me changer les idées, de penser au moment présent, mais je sens l’anxiété en arrière-plan. C’est difficile de mettre ça de côté; je veux être capable d’être présent pour les autres, mais en même temps j’ai besoin de réfléchir. C’est contradictoire comme état d’esprit.

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La Pocatière, le 18 mai 2015

Je suis de retour à la maison avec les enfants et je suis nerveux dans l’attente qu’elle revienne de voyage à son tour. Toute la semaine pourtant j’étais plutôt détaché; je ne m’ennuyais pas d’elle. J’ai beaucoup réfléchi pendant ces derniers jours à pourquoi notre amour ne pouvait pas durer. Mais maintenant je surveille par la fenêtre, je guette son arrivée et je suis anxieux. J’arrivais à lâcher prise par moments dans la dernière semaine, mais ce soir ça me fait mal.

Malgré la douleur, la vérité est qu’après avoir commencé à faire le bilan de notre relation, après avoir réfléchi à ce que je désire, à ce dont j’ai besoin dans une relation amoureuse, j’ai bien vu que notre relation ne remplissait pas vraiment mes besoins `à moi non plus. Oui, il y avait de l’amour et certaines valeurs communes, qui ont contribué à ce qu’on vive de très belles années ensemble. Il y avait quelque chose. Mais puisque aucun de mes besoins profonds n’était comblé, notre couple n’avait pas de fondation solide. Pas pour ce que je recherchais (et cherche encore).

J’ai compris pourquoi, au cours des années, je n’ai jamais été vraiment capable de lui dire pourquoi je l’aimais. Je lui disais souvent que je l’aimais, mais je lui disais que c’était simplement un fait. Que je n’avais pas besoin de raison, que je l’aimais et c’était comme ça, un peu comme un mystère inexplicable. Comme je me mentais à moi-même! Je réalise aujourd’hui que j’ignorais alors mes besoins profonds. Je ne les avais pas exprimés, pas même à moi. Je ne les avais pas formulés avec des mots. Ces besoins étaient – et sont encore – bien réels. Mais je les ai ignorés. Plutôt que de réaliser qu’elle n’était pas en mesure de les combler, je me complaisais à croire que je l’aimais, tout simplement « parce que ». Quelle erreur, quel mensonge à moi-même! Et aujourd’hui, j’en paie le prix. Mais au moins j’ai réalisé la leçon, enfin je l’espère bien.

Je ne veux pas oublier cette leçon que j’ai mis tellement de temps à apprendre. C’est pourquoi j’ai consigné ces besoins par écrit, pour les relire de temps en temps. Je sais d’ores et déjà que mes aspirations évolueront. Cette liste va suivre le cours de cette évolution, mais les principes de base, les intentions, mes besoins profonds y sont exprimés. J’espère juste que la personne qui répondra à ces besoins est sur Terre et que la synchronicité fera son œuvre pour que nos chemins se croisent, car je me sens aujourd’hui terriblement seul. Je suis inquiet, angoissé par un tas de choses; j’ai besoin d’être rassuré, écouté, serré dans les bras de cette personne.

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Elle est finalement arrivée de son voyage. Alors que nous discutions, je réalisais qu’elle me manque encore, d’une certaine façon. Mon deuil n’est pas complet, malgré ce que j’ai écrit plus haut à propos de la viabilité de notre relation. Mais au fil de la conversation j’ai quand même réussi à m’en tenir surtout aux choses qui concernent les enfants, n’y allant pas avec beaucoup de détails quant à ce que j’avais fait au cours de la dernière semaine. Je me suis retenu de lui faire part de mes états d’âme, de mon cheminement, de mon travail personnel. Mais ça me manque un peu de ne plus avoir de conversation au-delà de ce qui touche les enfants. Ça me pince le cœur de savoir que c’est fini entre nous. C’est peut-être plus le fait de la revoir à la maison pendant cette période de cohabitation qui me fait cela, car elle ne m’a pas manqué pendant la semaine qui vient de se terminer. Ce qui me manquait c’est plutôt, d’une part, le fait qu’elle ne soit pas là pour partager les responsabilités et d’autre part, la présence de quelqu’un. Mais pas nécessairement sa présence à elle.

L’angoisse, les frustrations et la tristesse se mêlent aux constatations, aux raisonnements et à la compréhension qui prennent lentement leur place dans ma tête et dans mon cœur. J’ai encore beaucoup de peine et c’est encore difficile à accepter, malgré tous les progrès que j’ai faits. J’ai hâte que ça passe!