Imparfait manifeste

Je suis manifestement imparfait et je (me) manifeste imparfaitement. Je n’aime pas les étiquettes; pourtant des étiquettes nous en avons tous et toutes. Moi aussi j’en ai et moi aussi j’en donne. C’est dans la nature humaine de toujours tenter de définir et catégoriser les personnes. On se « sémantise », on cherche à faire du sens du monde qui nous entoure.

Nous restons néanmoins dans l’incompréhension et le jugement lorsque quelqu’un ne porte pas les mêmes étiquettes que nous ou que quelqu’un ne semble pas cadrer dans la définition d’une étiquette prédéfinie. C’est normal de chercher à comprendre les autres. Et chercher à se comprendre soi-même. Mais on s’arrête souvent au jugement de ce qui est différent. On pense aussi que les étiquettes sont inamovibles, soudées à une personne de façon inaltérable. Alors que tout change. Même chaque individu. Nous sommes des êtres fluides.

Je ne suis pas un être binaire, ni linéaire. Ni à gauche, ni a droite, ni au centre. Je suis nulle part et partout à la fois. Je ne joue pas sur un échiquier noir et blanc; je suis dans un univers fait de mille nuances. J’aime à la fois des idées étiquetées «de gauche» et d’autres étiquetées «de droite», mais ça ne fait certainement pas de moi un «libéral». Je vote dans l’instant présent selon mon cœur et ma conscience. Je ne suis ni carré rouge, ni vert, ni bleu, ni arc-en-ciel. Je suis aucun et tout à la fois. Il y a trop de couleurs à afficher sur un seul carré. Et puis je ne suis pas un carré. Je suis un être multidimensionnel. À la fois plein de contrastes et hyper-nuancé. Je ne pense pas seulement sur trois axes. Au moins quatre, car tout change, à chaque instant présent. Peut-être plus, car mes opinions peuvent avoir plusieurs nuances selon le sujet – et à l’intérieur d’un même sujet – et évoluent. L’important est la bienveillance et aucune idéologie n’en a le monopole.

Je me suis souvent senti entre deux eaux. Sur la clôture, en équilibre délicat sur un fil mince qui vibre avec le vent. Marginal dans n’importe quel groupe auquel j’ai appartenu. Adhérant à certaines idées mais avec beaucoup de réserves, de «oui mais». J’affichais peu ces réserves. Je les ruminais en-dedans. Me disant que tous les points de vue avaient de bons points. Me sentant mal à l’aise lorsque les points de vue divergents étaient amalgamés et jugés. Il n’y a pas que deux côtés à une histoire. Il y en a plein. Mais une seule opinion divergente qu’on affiche sur un seul sujet, un seul commentaire peut suffire à alimenter le jugement, à se faire ostraciser même. Donc je préférais demeurer silencieux la plupart du temps. J’avais trop peur de recevoir d’autres étiquettes. Je ne réalisais pas non plus que j’avais aussi l’option de ne pas les accepter et les faire miennes, ces étiquettes. Je préférais donc demeurer invisible car c’est beaucoup plus difficile d’étiqueter ce qu’on ne voit pas.

Je rêve d’un monde qui sort du binaire et du linéaire pour entrer dans le multidimensionnel. Je voudrais réconcilier les incompatibles. La connaissance est le remède à l’intolérance. Je voudrais donc comprendre les différents et les différences, contribuer à la connaissance. Car la connaissance ne fait pas disparaître l’ignorance à un taux constant. La connaissance chasse l’ignorance de façon exponentielle, car elle détruit les préjugés et s’étend à tous les domaines. Je ne prétends pas vouloir faire ça à grande échelle et sauver le monde. Je veux le faire à l’échelle de ma personne. Puis, si je deviens assez compétent pour le faire avec moi-même, je pourrais peut-être le faire avec une, ou deux, ou quelques personnes qui veulent le faire librement, sans pression ni jugement. Avec écoute, humanité et bienveillance. À partir de quelques personnes qui essaient de devenir meilleures, le monde arrivera peut-être à changer pour le mieux.