Besoin de parler

La Pocatière, le 13 mai 2015

J’ai eu du mal à m’endormir hier soir, mais pas parce que je pensais à elle et à notre séparation. J’étais nerveux car la rencontre en soirée avec un groupe de discussion n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais. Quelle frustration et quelle impatience j’ai ressenti! Ça a défait tout l’effet du massage californien que j’avais reçu en après-midi. J’essayais de m’endormir et c’était difficile, mais je n’avais aucune pensée reliée à la séparation. C’est comme si un autre schéma d’anxiété avait refait surface.

Et encore ce matin je sens le besoin de ne rien faire; je ne veux que procrastiner. J’ai encore un sentiment de solitude, mais je ne m’ennuie pas d’elle. Je pense à l’horaire de la semaine, au repas, à toutes les choses que je dois faire. Mais même si je veux parfois être seul, je voudrais sentir une présence autour de moi. C’est pourquoi je suis allé déjeuner au resto, pour ne pas être assis seul à la maison. Et j’ai besoin de me gâter. Je veux juste rester assis à ma table en terminant mon déjeuner tardif et écrire ces bouts de phrase, mes états d’âme, ce qui me passe par la tête, même si tout ça a l’air décousu.

Il se passe plein de choses dans le monde, mais on dirait que ça ne m’intéresse plus. Je veux me concentrer sur mon monde, sur ce qui m’entoure directement et sur moi. On dirait que je fais tout ce qu’il faut pour gérer la crise qui m’accable présentement. Je suis allé chercher de l’aide et j’essaie de m’ouvrir à mon entourage, si restreint soit-il. Mais on dirait que ce n’est pas assez! Je ne sais pas quoi faire de plus! Je suis une personne intelligente, rationnelle, analytique, sensible aux autres. J’ai géré les finances d’une Base des Forces canadiennes, j’ai fait des choses que peu de gens seraient capables de faire – ou de bien faire –  et malgré tout j’ai tendance à minimiser ou diminuer ce que j’ai fait. Je regarde ce que d’autres gens que je connais ont accompli, je dis « wow! », et en même temps je dévalue mes propres réalisations!

Je suis un bon père de famille, je fais tout ce que je peux pour m’occuper des enfants et je peux dire que j’en passe du temps avec eux. Je suis anxieux certes, mais ça ne vient pas enlever toutes mes qualités. Et je suis capable d’être sociable et sympathique! Je l’ai fait dans les dernières semaines et je l’ai fait ce matin. Je me suis ouvert et je suis sorti de ma zone de confort, parlant même de ma situation personnelle et de mes sentiments à des gens à qui je ne me serais pas confié avant.

J’ai de quoi être fier mais j’ai beaucoup de misère à le reconnaître et à l’accepter dans mon cœur. Mais j’aurais aussi besoin d’avoir un(e) ami(e) pour m’écouter. Rien de plus. J’aurais besoin que cette personne soit disponible et que sa présence soit régulière. Lorsque je me confie à des personnes que je ne vois qu’une fois ou deux, ou sporadiquement, c’est un recommencement à chaque fois et je n’ai pas l’occasion de tout dire ce que je voudrais dire. Les gens que j’ai rencontrés jusqu’à présent ont beaucoup tendance à vouloir y aller de leurs conseils et recommandations. J’aimerais avoir quelqu’un, un(e) confident(e), en qui je peux faire confiance. Je ne demande pas une histoire d’amour. J’ai besoin d’un(e) ami(e) pour parler seul à seul.

Parmi les personnes à qui j’ai parlé (à part ma psychologue, et on parle ici d’une relation professionnelle), je n’ai pas trouvé ou ressenti ce que j’avais besoin, même parmi mes quelques amis actuels ou parmi ma famille. Je ne peux pas seulement me confier à un cahier ou à une feuille de papier. Ça a quand même ses limites comme façon d’extérioriser. Le cahier reçoit mes mots sans rien dire mais il ne les « processe » pas et il ne peut pas me réconforter.

Ça fait plus d’une heure que je suis assis dans le café, j’ai terminé mon déjeuner depuis un bon moment déjà et j’écris ces lignes. Mais même si j’ai des choses à faire, je ne veux pas partir. Même si je suis seul à table, ça me fait du bien d’être assis ici et de voir quelques personnes autour de moi.