«To blog or not to blog?», voilà la question

Une des premières constatations que j’ai faites quant à mon anxiété est que je m’inquiétais énormément de l’opinion des autres à mon égard, à un point nocif pour mon bien-être. Quelques années plus tard, force est de constater que je n’ai pas progressé beaucoup sur ce front. Je m’en fais beaucoup pour ce que les gens pensent de mon blogue, j’accorde énormément d’attention aux opinions des autres, je recherche constamment une validation, surtout lorsque je détecte ou anticipe une réaction négative (que cette réaction soit réelle ou qu’elle soit le fruit de mon imagination). C’est paradoxal, car je veux arrêter de m’en faire pour l’opinion des autres – positive ou négative – mais en même temps j’ai besoin d’encouragement pour progresser dans mes apprentissages.

J’ai créé un blogue pour m’exprimer, pour me permettre enfin d’exister. J’ai déjà parlé de mon désir d’arrêter de m’auto-censurer. Je tiens à être vrai, à parler de moi, de ce qui m’a amené à être qui je suis aujourd’hui, à partager mes réflexions et mes ressentis, de ce que je vis maintenant et sur la Vie en général. C’est bien beau tout ça, mais je doute facilement de moi-même. Je veux écrire avec mon cœur, mais ma tête a le doute facile. Et ça m’apporte plein de questionnements sur les sujets que je décide d’aborder, sur ces bouts de mon histoire de vie que je décide de partager. Est-ce que je devrais complètement éviter de parler de ce qui m’a amené à m’ouvrir sur ce blogue, notamment ce qui entoure la séparation? Est-ce un sujet qui devrait rester complètement privé, secret et tabou?

C’est évidemment un sujet délicat et difficile à aborder. Dans notre société en général, lorsqu’on fait allusion à la séparation d’un couple, il y a souvent des préjugés, des sous-entendus et des non-dits. Lorsque les gens en parlent, c’est souvent pour raconter des histoires d’horreur, pour démoniser, pour pointer du doigt, pour juger. Les égos parlent fort et toutes sortes de suppositions sont faites, par n’importe qui et tout le monde, sans que personne n’ait la moindre idée de l’ensemble de la situation. De plus, la douleur s’exprime souvent de façon maladroite et/ou méchante. C’est donc un grand défi de parler d’une expérience de séparation. Je veux en parler différemment. Je désire le faire de manière juste, équilibrée, respectueuse et en toute humilité.

J’ai vécu des expériences difficiles aux cours de ma carrière, en particulier au cours des dernières années. J’ai vécu d’autres épreuves suite à ma transition à la vie civile, incluant – mais pas seulement – une séparation et ses conséquences. L’expérience de la séparation a été pour moi un réveil brutal; ça a provoqué un enchaînement d’événements, dont une prise de conscience, une recherche en profondeur de ce qui ne fonctionnait pas chez moi, une démarche personnelle que je poursuit encore. Elle a été l’élément déclencheur de cette démarche personnelle : les deux sont indissociables (ça a été pour moi une véritable « croisée des chemins »). Cette démarche n’aurait simplement pas eu lieu, ou aurait eu une portée limitée, sans son élément déclencheur. Il est impossible pour moi de parler de ma vie, de mes découvertes, de mes propres « leçons apprises », sans parler des événements qui ont contribué à ces apprentissages. Je ne peux simplement pas écrire sur un blogue sans parler de séparation. D’où ma question initiale, car si je n’en parle pas aussi bien ne pas « bloguer » du tout.

Malgré tout je tiens à en parler, car pour moi ça m’a donné l’opportunité de grandir. J’essaie d’exprimer mes émotions, de décrire mes observations et d’expliquer mes interprétations. Je n’ai aucun désir de vengeance et je ne veux pas raconter en public mes moments de frustration (sauf ceux que j’ai pu avoir envers moi-même). Je reconnais mes faiblesses et mes manquements – envers mon ex-conjointe, envers notre couple et envers moi également. Je ne cherche à démoniser personne. Il ne s’agit pas d’exprimer de la colère ni de jeter le blâme sur qui que ce soit. Mon ex-conjointe n’est pas la  « méchante » dans tout ça, et loin de moi l’idée de lui attribuer ce rôle (ni explicitement, ni implicitement). Elle est une personne merveilleuse avec ses forces et ses faiblesses (comme tout être humain), pour qui je continue sincèrement d’avoir du respect et de l’admiration. Nous avons partagé une vie commune pendant longtemps et elle relève ses propres défis, mais elle n’est certainement pas la cause de mes problèmes à moi.

Oui, j’ai eu des moments de frustration et de colère, comme n’importe qui vivant une situation de séparation peut en vivre. J’ai été très chanceux – et j’en remercie la Vie – car j’ai pu rencontrer, avec une synchronicité remarquable, une psychologue qui m’a aidé à gérer mes émotions et à passer au travers des moments difficiles. J’ai aussi choisi de consigner mes moments de colère dans un journal (j’en ai détruit certaines pages, les autres resteront personnelles). Les seules choses qui ont subi des manifestations « physiques » de cette colère sont des crayons à la mine cassée, des stylos épuisés, des pages de cahiers sur lesquels je pesais trop fort en écrivant et une main endolorie à force de serrer le crayon. Mais par-dessus tout, ce qui est important de retenir est que ces moments de colère étaient passagers. Des vagues de colère mêlées de tristesse, qui se sont apaisées avec le temps et n’ont laissé aucune rancune dans mon cœur.

Je veux me permettre d’exister et de parler. Ce blogue est un outil que j’ai choisi. Mais au-delà d’être un véhicule d’expression de mes inspirations, je souhaite que ce blogue apporte un peu d’espoir aux personnes qui vivent des moments difficiles – que ce soit en raison d’une séparation ou peu importe la cause. Je veux briser certains tabous afin de partager ce qui en est sorti de positif pour moi. Afin que ces personnes qui traversent une tempête dans leur vie sachent que malgré les épreuves, quelque chose de beau peut s’ensuivre. Ça demande du travail, mais c’est possible.