À la mi-temps du mitan de la vie

J’arriverai bientôt au milieu de la fameuse quarantaine. La mi-temps du mitan de la vie. Plusieurs personnes, lorsqu’elles passent à travers cette époque de leur vie, vivent cette fameuse « crise de la quarantaine ». Certaines décident de s’acheter une voiture sport, une moto ou encore un bateau. D’autres font des choix radicaux ou vivent des transformations fondamentales. D’autres encore passent à travers cette période heureuses et poursuivent leur vie. Un scénario n’est pas pire, ni mieux qu’un autre. Les choix faits appartiennent à chaque personne; je ne juge pas les choix des autres car je n’ai pas marché dans leurs souliers.

Certaines personnes vivent cette période en douceur, d’autres de façon intense. Parfois ça passe en peu de temps, parfois ça s’étire. Ma crise de la quarantaine à moi, elle traîne en longueur. Elle doit bien durer depuis que j’ai 37 ans au moins. Des périodes douces et des périodes difficiles, entrecoupées de moments plus « normaux ». Mais force est de constater que ça fait longtemps que ça « grince » dans mes engrenages. Et au point où j’en étais rendu, je n’avais plus besoin d’une simple « restructuration » mais bien d’une reconstruction complète. Et avant même de me reconstruire, j’avais besoin de ramasser les morceaux et déconstruire des schémas de pensées qui, je me suis rendu compte, ne faisaient plus aucun sens. Comme un édifice à moitié démoli, il fallait raser les décombres et faire de la place pour reconstruire sur des bases solides.

Ce grand ménage, ça fait 21 mois qu’il dure et il en reste encore à faire. Les vieilles habitudes me font la vie dure parfois. Il arrive souvent que je doute; des moments où je me demande à quoi ça rime tout ça, vers où je m’en vais. Il ne s’agissait pas de simplement réorganiser ma vie et puis reprendre ce que je faisais avant, de la même manière. Plusieurs personne font ça je crois. Quant à moi, j’ai eu le sentiment que toute cette période de ma vie, elle devait avoir un sens; ce ne devait pas être quelque chose de subi en vain. Je sentais – et je sens encore – que tout ce qui paraissait comme une catastrophe était en fait un choc brutal que la Vie m’envoyait, pour me réveiller de la torpeur existentielle dans laquelle j’étais plongé.

J’ai décelé plusieurs signes au fil du temps, qui m’ont rassuré que tout ça était un cadeau mal emballé, une opportunité que la Vie m’offrait. J’ai eu la chance de réaliser assez tôt dans ce processus que des synchronicités se présentaient à moi. Des rencontres, des découvertes, des signes tantôt subtils, tantôt plus évidents. Ces indices m’ont aidé à aller de l’avant, malgré des obstacles qui se sont ajoutés sur mon parcours, conséquences directes et indirectes du choc initial de la séparation. Un tel tremblement de terre au plus profond de l’océan de mon être n’allait pas rester sans contrecoups – un tsunami et des répliques allaient s’ensuivre. J’ai aussi du apprendre à composer avec le quotidien d’un père monoparental, qui se cherche lui-même tout en guidant du mieux qu’il peut ses deux garçons, qui vivent eux-mêmes leurs propres défis du début de l’adolescence.

J’ai écrit plusieurs textes dans les jours, semaines et mois qui ont suivi le tremblement de terre initial. Des écrits faits « à chaud », au fil des événements et des émotions que je vivais. Des élans d’inspiration qui ne font que représenter des « moments présents » du passé. Je prévois en partager quelques uns au fil du temps. Ce sont des bouts de mon histoire – ce que j’ai vécu et continue à vivre au cours de cette grande leçon qu’est la Vie. Je désire les partager dans le plus grand respect de toutes les personnes impliquées en tant qu’actrices ou témoins de mon parcours (ceci inclut mon ex-conjointe, avec qui je continue d’avoir une bonne entente et pour qui j’ai beaucoup de respect). Mes écrits du passé reflètent les événements de ma vie, mes sentiments, mes émotions, ma personnalité, mon expérience, bref l’ensemble de mes conditions de vie au moment où je les ai écrits. Ils sont comme des photographies faites de mots. Beaucoup de choses se sont passées et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis leur écriture. Moi-même je les relis avec un œil différent maintenant; certains sentiments ont passé, d’autres se sont nuancés. J’ai vécu d’autres expériences et j’ai amorcé des changements dans ma façon de voir – et de vivre – les choses. Ils me semblent (et vous sembleront) imparfaits, mais je vous invite à les lire sans juger, comme on regarde des photographies de voyage qui montrent différents endroits où je suis passé.

Suite à la séparation il y a bientôt deux ans, je me suis plongé dans diverses activités pour me distraire et pour sortir de ma zone de confort. Je me suis investi dans une démarche personnelle incluant  – parfois de front, parfois à divers moments et à des degrés variables d’intensité – lecture, écriture, sports et musique. Le tout avec pour trame de fond une psychothérapie en profondeur qui se poursuit aujourd’hui. Ce blogue, il est un peu une continuation de tout ça, idée venue le matin du premier janvier en me réveillant. Il est né d’un désir de m’exprimer, désir que j’ai longtemps étouffé. Il est à la fois un outil d’expression et un outil de guérison pour moi (je ne prétend pas pouvoir aider les autres avec ceci. Je ne suis ni coach de vie ni psychothérapeute). Les leçons apprises – et que je vais apprendre – sont les miennes, et ne peuvent s’appliquer aux autres. À chacune et chacun de décider (ou non) de lire et de retenir ce qui colle à « sa » vérité. Ce que j’écris sur ce blogue vous semblera imparfait – et c’est parfait comme ça – car chaque histoire de vie est différente. De la même façon que tout ce que j’écris – réalité ou fiction – est teinté à différents degrés par l’ensemble de ce que j’ai vécu au cours des 44 dernières années, chaque personne qui lira mes textes le fera à travers le prisme de sa propre existence.

J’en suis donc ici, maintenant, à ce que je vois un peu comme la mi-temps du mitan de ma vie. Terme relatif s’il en est un, car personne ne sait ce qui l’attend demain, ni même si demain l’attend. Notre existence est si peu en notre contrôle; je ne sais donc pas si mes instants présents qui suivent totaliseront la somme des précédentes années de cette vie. Je ne peux que souhaiter que les instants qui donnent le qualificatif de « crise » à cette période de ma quarantaine soient derrière moi. Mais même ça je ne peux le contrôler; je ne peux qu’essayer de contrôler ma réaction face aux événements, apprendre à cesser de résister face à ce que la Vie me présente et faire de mon mieux pour avancer. Apprendre aussi à accepter que « mon mieux » ne sera parfois pas assez, qu’il sera imparfait à mes yeux et paraîtra imparfait aux yeux des autres.